08 mars 2008
La Chine change

Juste avant le nouvel an chinois, j'ai reçu dans ma boîte aux lettres, un bien étrange courrier. Une enveloppe épaisse, remplie de différents documents. Une carte de vœux me souhaitant une bonne année 2008 et un joyeux Noël, un DVD, un cédérom et un livre. Le tout accompagné d'une carte de visite, celle de Tai Lihua, directrice artistique de My Dream.
My dream, my dream ... ça ne vous rappelle rien ? ("One World, one Dream" ... le slogan des jeux olympiques).
Au premier abord, j'ai pensé à une secte. Des images de déesses bouddhiques aux mille bras, auréolées de slogans plus que suspects ("Wishing the world harmony and happiness", "Blessings on you" ...) un mélange de soupe religieuse et images dégoulinantes de mièvrerie. Et puis ... bon sang mais c'est bien sûr ! C'est le Parti qui m'écrit ! Qui d'autre que l'auteur de ce fantasme de "société harmonieuse" pourrait souhaiter au monde "bonheur et harmonie" ?
Le tout est très bien ficelé, "on" y a mis les moyens. Tout écrit en anglais, ce dossier de presse à destination des étrangers, est un redoutable outil de communication. Inattaquable, puisque consacré aux handicapés. Total respect. My Dream, projet artistique de la Troupe des Artistes Handicapés de Chine financée par le gouvernement (d'où les gros moyens), présente des concerts, des numéros de danse et d'acrobaties, dont les scripts sont de toute évidence le fruit de la créativité de l'artiste qui réchauffe de ses chants et poèmes, le Palais du Peuple.
Prenons par exemple le texte de cet inquiétant ballet, "Yellow Earth" (Terre jaune) :
A philosopher once observed that the yellow earth is the cradle of the Chinese nation.
A farmer said that people will not starve to death as long as there is yellow earth.
For centuries, the Loess Plateau has been fascinating its inhabitants.
As our yearnings remain unchanged the hope of the nation is soaring to heaven.
Un jour, un philosophe a remarqué que la terre jaune est le berceau de la nation chinoise.
Un paysan a dit que les gens ne mourront jamais de faim tant que la terre sera jaune.
Pendant des siècles, le Plateau de Loess a fasciné ses habitants.
Alors que nos ardeurs demeurent inchangées, l'espoir de la nation s'élance vers le ciel.
Alléluia.
My Dream et ses centaines d'artistes sourds, aveugles, handicapés moteur, amputés (ils sont donc là ! je me disais aussi, on les voit jamais dans les rues !), a voyagé partout dans le monde pour propager l'harmonie. De nombreuses pages du livre sont consacrées aux témoignages des cinquante pays qui se sont émerveillés devant le spectacle. Tout le monde est joyeux, tout le monde sourit, les entraînements se passent sans souffrances, dans l'épanouissement le plus total, jusqu'au final éblouissant où les artistes saluent les spectateurs, sous les cieux rouges ... de la Chine rouge.
Arf.
Difficile de ne pas faire de rapprochement avec d'autres sourires, d'autres soleils rouges. La seule différence entre l'image du haut et celle du bas, semble être la tête de Mao. Et encore, je suis sûre qu'en grattant un peu, on trouvera une image cachée dans les nuages, le portrait de Hu Jintao subliminal !
Enfin bon, maintenant ils ont des portables et des voitures, et ils peuvent acheter des appartements le long du cinquième périph, si ça c'est pas du changement en profondeur !
Je vous souhaite à tous harmonie et bonheur (mon dieu, ils m'ont eue !).

Le président Mao est le soleil rouge dans nos coeurs.
Photo: mydream.org.cn
Affiche: maopost.com
06 février 2008
Rat

" Rappelle-toi, la vie est courte, enfreins les règles, pardonne vite, embrasse lentement, aime vraiment, ris sans retenue, et ne regrette jamais rien qui t'ait fait sourire. Bonne fête du printemps ! "
Texto de Jiachun, un ami chinois, reçu ce soir, pendant que dehors les pétards grondent, et les rats effrayés, se cachent sous terre. Très bonne année chinoise à tous !
08 décembre 2007
Klissmeusse
Depuis une semaine environ, le ras-de-marée a commencé. Dans le hall de l'immeuble de mon bureau, ils ont planté un specimen de sapin des Vosges en plastique, orné de boules rouges et argentées. A ses pieds un Père Noël nain de 1,20m, brave les courants d'air et ramasse la poussière de 2007, qui viendra s'accumuler à celle de 2006, déjà épaisse sur celle de 2005. Le Père Noël n'est pas passé au pressing Fornet, les poils blancs de sa barbe et de son manteau ne sont plus blancs depuis longtemps, ils sont plutôt couleur charbon, couleur traffic pékinois, couleur chantier. Qu'importe.
Donc tous les matins, nos regards se croisent, nous nous plaignons mutuellement. Moi de son état de crasse, lui de m'en imposer la vue. Et s'il n'y avait que la vue.
I wish you a merry Christmas, I wish you a merry Christmas, I wish you a happy Christmas and a happy new yeaaaaar.
Ou bien,
Jingle bells, jingle bells, jingle all the way, Oh what fun it is to ride in a one-horse open sleigh, O ...
AAAAAAAAhhh Stooooop !
Tous les transistors de tous les magasins sont bloqués sur les chants de Noël, il y a même des gens qui se les mettent en sonnerie de portable, si !
L'autre soir, alors que je faisais la queue à une caisse, un jeune couple derrière moi s'amusait à prononcer chacun leur tour ... Christmas !
Lui : Klissmeusse !
Elle : mais non, Klaïzmasse !
Lui : Kliss-meusse !
Elle : mais non je te dis, Klaïz-masse !
Lui : ah ah ah
Elle : hi hi hi
J'élabore des plans dans ma tête, moi en train de leur casser un sapin et ses boules sur la tête, à moins que je choisisse une bûche et ses pères Noël bucherons plantés entre deux champignons meringue ?
N'allez pas déformer mes propos, j'adore Noël. Simplement l'idée que toutes ces guirlandes vont faire partie de notre décor jusqu'au mois d'avril (oui, ici, elles survivent même au Nouvel an chinois !), ça me fout le bourdon.
02 décembre 2007
Les pense-bêtes chinois
Je sais pas vous, mais moi j'ai une mémoire de poisson. C'est peut-être pour cette raison, entre autres, que je trouve mon équilibre ici en Chine. Ici, les choses sont bien faites pour nous, les ramollis du disque dur. Où qu'on aille, quoiqu'on fasse, on ne peut pas les louper.
Les pense-bêtes chinois. A croire que les Chinois ont tous comme moi, une mémoire de poisson (rouge bien évidemment). En Chine, y a des mecs super sympas qui se chargent de leur faciliter l'existence, de leur raffraîchir la mémoire tout au long leur journée de poissons rouges bien remplie. Une sorte de corporation de colleurs d'affiche agréée par le Gouvernement et son ministère de l'affichage 4 par 3, voire une espèce de régie publicitaire spécialisée en pense-bêtes collectifs. C'est super pratique, et ça permet de faire passer tout plein de messages hypra importants. Comme par exemple celui ci-dessus sur la photo, qui nous conseille fortement rappelle gentiment qu'il faut "féliciter chaleureusement le meeting triomphant des délégués de tout le pays lors du 17ème Congrès du Parti communiste chinois". Respirez.
Mais sont-ils réellement efficaces ces pitits post-its ? Ils font tellement partie du décor, qu'on se demande si les gens les lisent vraiment.
En tout cas, moi, tous ces pense-bêtes m'intriguent. Pas plus tard qu'hier, alors que je patientais à la banque de Chine pour payer ma connexion Internet (cherchez pas), un énorme pense-bête a attiré mon attention. Accroché sur toute la largeur du mur, ses gros caractères blancs sur couleur rouge, rappelaient aux clients que : 履行申报义务打造诚信社会 "Accomplir le devoir de rapport aux autorités mène à une société honnête".
Où sont les premiers de la classe en chinois ? Ils sont les bienvenus pour me corriger. Kécecé que cette histoire de "devoir de rapport aux autorités" ?
Bon, je vous laisse, je dois féliciter les délégués.
27 septembre 2007
Des hommes et des grues

Pour construire une tour, il faut des hommes et des grues. Donc avant la tour, il y a la grue. Jusque là on suit. Ceci étant dit, on est d'accord que la tour ne pousse pas comme un haricot géant sous la grue. Même avec plein d'hommes. Alors je me pose une question, comment font-ils pour poser des grues hautes comme des immeubles de dix étages en haut de tours qui en font plus de quarante, alors que eux-mêmes sont hauts comme trois pommes ? Et ne me dites pas "ben avec une grue patate".
Mon but n'est pas de vous entraîner dans le marasme intellectuel dans lequel cette histoire de grues me précipite (ni même de m'apporter une réponse en fait) mais juste de vous faire partager mon admiration pour ces ouvriers venus des champs construire Pékin.
Comment dire, ils m'impressionnent ! De les voir accrochés à une corde autour de la taille, négligemment assis au bord du vide, au 45ème étage d'une tour en chantier de Soho, dans le silence de l'altitude ... j'ai eu peur pour eux, qu'ils tombent. 
Sur la première image on peut voir les chantiers de la future plus haute tour de Pékin (World Trade Center phase 3) et les tours obliques du siège de CCTV, la chaîne de télévision chinoise.
17 juin 2007
Brèves de stand
Lui (sms) : slt, tu fais koi ? Moi me fé ch au salon de l'info ...
Elle : slt, moi pareil, mais au slon du print
Lui : oué c vréman la plaie c salons
Elle : oué!
Lui : la nana en face de moi dort depuis 3h42. Je sais pas si elle est pas morte en fait
Elle : lance lui une brochure sur la tête tu verras bien
Lui : on dîne ce soir ?
Elle : nan
Lui : ? pkoi
Elle : ai fini le stock de saucisses du stand snack à côté, vais pas tarder à vomir dans la plante verte !
Au salon de l'informatique cette semaine, il n'était pas rare de surprendre quelques standistes s'ennuyer copieusement aux détours des allées du Beijing Exhibition Center. Pour qui a connu cette corvée, nul besoin de vous décrire ces longues heures de lutte contre l'abrutissement provoqué par le bruit incessant, le piétinement, les néons, les questions bêtes, les collectionneurs fous (de brochures), les toilettes toujours placées à l'opposé du hall (qui fait généralement entre 1500 et 3000 m2), les odeurs de nourriture pour les salons alimentaires ...
Ceci étant dit, aller dans les salons en Chine est très intéressant. D'abord on peut y entrer librement, et gratuitement, contrairement à chez nous. Ensuite, ils permettent de tâter le pouls d'un secteur, de se fondre dans la masse des professionnels chinois, des travailleurs en cols blancs, des chercheurs d'emploi, des Chinois actifs, bref des Chinois.
Il se passe tout plein de trucs sur un salon, des jeux, des interviews, des rencontres, des petits riens, des grands vides aussi (cf photo).
En un mot comme en cent, je ne saurai que trop vous encourager à vous perdre dans les salons, il y en a en plus, pour tous les goûts : Trade shows in Beijing.
En savoir plus sur les lieux d'exposition en Chine, ici.
24 mai 2007
Inspirez ... expirez ... pleurez !
Hmmm miam, il est beau le ciel de Pékin d'aujourd'hui, on en mangerait ! Pour sûr c'est du solide !
Avec un taux de pollution niveau 3b sur une échelle de 1 à 5, nous nous situons joyeusement en quatrième position après Taiyuan, Datong et Hohhot qui cartonne loin devant. Et après Hohhot il se passe quoi au juste ? On respire par les pieds ?
Donc, petit message perso pour mes vacanciers qui arrivent bientôt, pour les palmes et le tuba, pas d'urgence. Par contre n'oubliez pas le masque !
Et pour connaître le taux de ... peuf peuf ! .. pollution au jour le jour, c'est par ici.
Sur ce, je vais me faire un Green Tea Extract Detoxing Mask !
08 mai 2007
Le Jardin Botanique
Comme l'explique Julien dont je viens de découvrir le blog consacré à la pollution en Chine, la semaine de vacances du premier mai s'est déroulée sous un beau ciel bleu. Ciel bleu dégagé de l'habituelle brume de pollution qui recouvre la ville lorsque l'activité bat son plein. Pendant les vacances, l'industrie et les véhicules tournent au ralenti, dégageant ainsi le ciel bleu pékinois.
Un temps idéal pour découvrir le Jardin Botanique (植物园 zhí wù yuán) où je n'avais encore jamais mis les pieds pendant la belle saison.
Le Jardin Botanique, c'est loin, il faut faire preuve d'une grande bravitude pour s'y rendre, mais pour quelle récompense ! Enfin un parc qui ne sent pas les frites, enfin des espaces verts sans parasols en forme de Mickrey et Donalb, sans manèges bruyants ou toilettes publiques en formes de coccinelle géante (vue à Chaoyang Park).
Du 100% naturel donc. Allez, juste un jeu pour les enfants à l'entrée, un truc abominable, vu aussi à Chaoyang park : des ballons géants transparents flottant sur l'eau, dans chacun desquels un enfant est enfermé et peut ainsi imiter les mouvements affolés du hamster cavalant dans sa roue (quoi, vous n'avez jamais eu de hamster en cage, et ne l'avez jamais torturé en lui faisant croire qu'il aurait autant de morceaux de fromage que de kilomètres parcourus ? bââh). Je vous épargne les images de ce nouveau jeu pékinois qui, je suis sûre, traumatiserait les plus anti-enfants d'entre vous.
Profitez donc de ces quelques semaines de printemps qui nous restent pour aller flâner au jardin botanique, respirer ses arbres, ses lilas encore en fleurs, ses bougainviliers, ses glycines, bambous, cactus et plantes médicinales ... et perdez-vous dans les serres. J'ai essayé de m'y faire enfermer mais les méchantes jardinières m'ont chassée à coup de rateau.
Comment y aller en évitant les cent balles de taxi ?
Très simple. Rendez vous au terminus de la ligne 1 du métro, côté ouest, à la station Pingguoyuan. En sortant de la station, traversez la rue et allez un peu sur la droite, à la gare des autobus et montez dans le 664, jusqu'à la station Pinguoyuan Dongkou. Là, prenez le bus 318, qui vous amène directement au jardin botanique, descendez à la station 植物园. Comptez entre une heure et une heure et demi suivant d'où vous partez.
Quelques photos ici. Bonne balade !
02 avril 2007
V'là l'printemps
Votre blog est bloqué par la censure ? Vos blogs préférés sont bloqués pas la censure ? En plus il fait beau ? Vous voulez voir des fleurs, faire de la photographie bucolique et peut-être même ramener de la verdure et des couleurs dans votre maison ?
Allez donc faire un tour au parc Yuyuantan pour la fête de Sakura qui s'est ouverte le 24 mars. C'est à l'ouest de Pékin, sur le troisième périf (sud). J'y suis allée ce weekend, mais les milliers de cerisiers n'étaient pas encore tous en fleurs, il est donc probable que ce soit encore plus joli le weekend prochain.
C'est jusqu'au 30 avril. Avec cette année une nouveauté, l'ouverture du parc le soir, entre 19h et 21h, ce qui, d'après un article officiel, vous permettra de vous pâmer devant "les lumières scintillantes qui se reflètent sur les fleurs roses ou blanches, et donnent l'impression de se retrouver dans un monde irréel et mystérieux." 太浪漫!
24 février 2007
Hap'piggy New Year to you!
Quelques images pour vous montrer à quoi ressemble une semaine cochonne ici à Pékin. D'abord il faut être très nombreux, ce qui n'est pas très compliqué ici en Chine. Ensuite, il est de bon ton de se costumer un peu, il ne s'agit pas de rivaliser avec le bal costumé de Venise mais quand même, des oreilles de lapin ou de cochon sont les bienvenues (beaucoup de bunny girls dans les kermesses cette année !) ...
... comme vous pourrez le constater sur ces photos prises dans trois temple fairs (je traduis ça par kermesse...) : celle du Temple du Nuage Blanc, du parc de la Terre, et celle de Liulichang (Changdian). Cette dernière fut ma préférée et c'est la première fois que je m'y rendais. Bain de foule garanti !
Changdian miaohui par exemple, qui a investi pour l'occasion la grande avenue qui coupe en deux les deux rues piétonnes de Liulichang, rues des antiquaires. Une large allée bordée des deux côtés par une multitude de stands où on trouve un peu de tout, mais surtout des gadgets sur lesquels chacun se précipite : moulins à vent en forme de fleurs ou de coccinelles, oreilles de cochon ou de lapin en peluche, langue de belle-mère, fausses fleurs (c'est la fête du printemps!), et des cochons en veux-tu en voilà. Je n'ai pas résisté à l'achat d'un cochon doré avec des ailes et qui parle.
Bien sûr, des dizaines de gargottes où fument beignets, brochettes, soupes, nouilles etc ... que l'on déguste dangereusement au milieu de la foule. Une promenade donc, très bon enfant, très sympathique, familiale, où les enfants sont les rois, où les parents oublient les soucis du quotidien. A l'entrée de la rue, un cercle compact se forme autour des acrobates qui jouent la danse du lion avec son dompteur, spectale traditionnel chinois. Un impressionant spectacle, deux hommes pour articuler un animal, beaucoup de souplesse, de muscles (c'est lourd une tête de lion!!), des aaaah et des ooooh s'envolent dans le ciel, où brûleront plus tard dans la soirée, les premiers feux d'artifice.
Au Temple du Nuage blanc, mon attention s'est surtout portée sur la profusion de gardes en manteaux verts. A la fermeture du temple à 16H30, ils se sont tous rassemblés sous les guirlandes de fanions porte bonheur, et j'avais du mal à savoir lesquels, des gardes ou des fanions, étaient les plus nombreux. On a compté plusieurs centaines de manteaux verts !
La suite en images ! (et une vidéo se prépare ... je sais que ça fera plaisir à Estelle !) [cliquez pour zoomer]
Temple Fair de Changdian

Temple fair du Temple du Nuage blanc

Temple fair de Ditan, parc de la Terre





