20 décembre 2008
Les langues étranges errent

Camille à Yueping: est-ce que c’est correct cette phrase en chinois ?
“我是一个巨大的风扇“
Yueping à Camille: ça me semble un peu blizzard.
Je suis un immense ventilateur ?
Camille à Yueping: ... euh non.
Yueping à Camille: ...
Camille à Yueping: et d'abord on dit bizarre, pas blizzard
09 décembre 2008
Global Times, la soirée qui fait boum
- Dis Camille t'as pas oublié hein, ce soir on a le banquet de Global Times !
- Euh ... non non bien smur, enfin bien sûr, j'ai pas oublié non (meeeeeeeerde ! c'est vrai, ce soir c'est la grande corvée soirée de Global Times)
- Camille, il te faut vraiment une secrétaire !
- (oui enfin si c'est pour me programmer et m'empêcher de râter des soirées comme le grand raout de Global Times, non merci hein)
Le mois de décembre, c'est horrible. Pas seulement parce que c'est le mois des pères Noël à barbe grise mais surtout parce que c'est le mois des dîners de fin d'année, le mois où la plupart de vos soirées sont foutues prises par des obligations plus ou moins divertissantes.
Cette année Global Times, organe de presse touristico-politico-fantastico du parti, a mis le gros paquet, histoire de nous en mettre plein la vue, et qu'on ne les oublie pas l'année prochaine. Pari gagné.
Dans un club privé sentant neuf et prétentieux (vous savez avec la petite montée en virage pour arriver à l'entrée, comme dans un château), avec son groom en cape, ganté, botté et chapeauté, une centaine de victimes d'invités triés sur le volet attendent poliment que les festivités commencent. Sur les tables, chacun est servi d'un fond de verre de vin bio chinois pour patienter. Possibilité aussi de boire du Fanta, ou du Coca. J'ai d'abord décliné le Fanta dont la couleur et les bulles me rappellent mon traitement contre la sinusite qui me faisait tant vomir quand j'étais ado, et le Coca qui m'aurait fait danser la polka à 3h du matin. J'ai donc goûté le vin bio, et ouhla ... les effets des deux premiers dans un même verre ! De l'eau, juste de l'eau s'il vous plait.
Cela faisait une heure qu'on attendait que la soirée démarre, abrutis par une bande vidéo réglée sur le volume maximum, débitant en boucle les multiples exploits de Global Times à travers le monde qui lui voue une confiance et une fidélité à toute épreuve, quand soudain l'animateur nous informa que la soirée allait commencer, toutes les victimes étant là.
Noir. Lumière sur la scène, où sont installés, des tambours chinois. Aïe. Une brochette de sept frêles jeunes filles aux cheveux lachés, costumées de rouge et de paillettes, montèrent sur la scène armées de bâtons de tambour, et se placèrent chacune derrière un instrument. Par chance, ils nous ont placées à la table juste devant la scène, à côté de l'ampli. On va pouvoir en profiter un max.
Et là mes amis, je dois faire des efforts pour me souvenir de ce qu'il s'est passé ensuite. Je me rappelle juste qu'un troupeau d'éléphants s'est littéralement rué sur moi. Ils m'ont piétinée en se tapant sur le ventre et en barissant très fort, en balançant leurs trompes à gauche à droite, fracassant les murs, j'apercevais juste mes voisines qui se tenaient la tête entre les mains, et une qui avait posé sa main sur son coeur comme pour le maintenir en place, c'est vrai que le mien valdinguait pas mal dans sa cage toracique, mes poumons et tous mes organes sautaient à l'intérieur de moi, certains semblaient remonter par la gorge. Jamais, jamais de ma vie, je n'ai ressenti un tel malaise, causé par du bruit. Les sept folles étaient littéralement en transe sur leurs tambours, elles secouaient leurs cheveux dans tous les sens, et leurs corps se contorsionnaient d'étrange manière, comme si elles aussi étaient secouées de l'intérieur. Une horreur. Et ce n'est pas tant le bruit des tambours qui était pénible, ni la vue des tambourineuses, mais bien le "fond musical" qui les accompagnait. Vous ne savez pas à quel point il est possible de monter le volume d'un ampli. Pour sûr, plusieurs d'entre nous ce soir ont perdu quelques précieux poils de tympan, ceux qui mènent le bruit jusqu'à notre cerveau. Morts, les poils, décimés.
Suivirent des discours "officiels", dont un qui évoqua le cas "Sarkozy", et sa traîtrise polonaise du weekend (en tant que représentantes de la France nous n'en menions pas large, je vous le dis. Yueping a même trouvé qu'on nous a observées de travers une ou deux fois).
Je vous passe le menu aux treize plats, les Saint Jacques qui sentent la vase, les os au gras, et le riz de la semaine dernière.
Heureusement de bonnes histoires circulent autour de la table, et font qu'au final, l'humour aidant, nous passons une bonne soirée. Comme cette employée chinoise du service culturel de l'ambassade d'Espagne qui nous racontait que pendant sa grossesse, elle était persuadée d'attendre un garçon. Et comme elle est passionnée par les voyages, et rêve de parcourir le monde, elle avait décidé d'appeler son fils Tintin, comme le célèbre reporter belge en culottes courtes, espérant ainsi tracer le destin de son fiston qui vivrait donc de grandes aventures dans le monde entier. Oui mais voilà, la nature fait bien les choses, elle a eu une fille. Le petit Tintin ne se prendra pas des cailloux dans la cour de l'école.
Je voulais lui demander en quoi une petite fille ne peut pas être aussi porteuse de rêves de voyages à travers le monde, mais j'étais trop occupée à suivre les tirages au sort, ce pour quoi les victimes sont dociles à ce genre de soirée.
Et c'est un jeune homme de 1,59m qui gagna le premier lot : un bon de 10 000 RMB (1 100 €) pour se faire tailler un costume à sa taille chez un tailleur de grand renom. Véridique ! Au moins un qui ne sera pas venu pour rien.
09 août 2008
Les révoltés de Gulou

Après une petite halte chez moi le temps de recharger un peu la batterie de mon vélo électrique (je sais pas si pour vous c'est pareil mais moi je m'arrange toujours pour être à plat quand il faut pas, que ce soit avec le téléphone portable, le vélo ou l'appareil photo), je suis repartie gonflée à bloc après mon bain de foule de l'après-midi, dans le but de vivre la cérémonie d'ouverture des jeux en compagnie des Pékinois du quartier de Gulou (tout près des tours de la Cloche et du Tambour), où j'avais repéré un grand écran le weekend dernier.
19h38, à quelques vingt minutes du début, seulement une cinquantaine de personnes sont installées face à l'écran, derrière des barrières qui délimitent une zone de "sécurité" d'une dizaine de mètres bien inutile. Cette installation ne laisse pas plus de 4 mètres pour s'asseoir entre les barrières et la chaussée, certains ont donc pris place de l'autre côté de la rue.
Des badauds passent mais ne s'arrêtent pas, je suis à deux doigts de désespérer, ce n'est donc pas une légende, ils vont vraiment tous se terrer chez eux pour regarder la cérémonie. Snif.
Tant pis, je m'assois quand même entre un pépé et un jeune totalement hypnotisé par l'écran. Et rapidement le public grossit. Quand je me retourne un quart d'heure après être arrivée, ce ne sont plus cinquante mais deux cent personnes qui attendent que le spectacle commence. Chouette ! Je l'ai mon 1998 !
20h. Ça commence. L'excitation monte rapidement, c'est très communicatif, je suis limite de crier "Zhongguo jiayou!* (je l'ai pas fait, hein).
Bon, autant l'avouer tout de suite, les quelques premières minutes ont consisté pour moi, à faire preuve d'une force toute contrôlée, pour éviter que je ne verse ma larme en public. Totalement subjuguée par la beauté des images qui se déroulaient sous nos yeux, j'applaudissais en cœur avec mes voisins, tout aussi subjugués. Bref, que du bonheur. Sur l'écran, mais aussi autour de moi, une ambiance coupe du monde à la bonne franquette, il ne manquait plus que Dédé et son accordéon, un petit Muscat avec des olives.
Le public grossit encore, pour déborder sur la chaussée. Les bus commencent à avoir du mal à passer car la rue n'est pas si large, on sent que la circulation se complique dans notre dos, des klaxons s'énervent.
Pas grave, le public est heureux, des whaa! et des cao!** fusent, les applaudissements continuent. Puis l'image de Hu Jintao*** derrière sa tribune apparaît, et c'est le silence. Seules deux ou trois personnes applaudissent en hésitant, puis abandonnent rapidement en voyant qu'elles sont les seules. Et le spectacle continue. Les whaa! et les cao! reprennent. C'est le pied absolu. Le feu d'artifice qui traverse la ville en son centre, suivant un axe olympique qui part de la place Tiananmen jusqu'au stade où se déroule la cérémonie, passe au dessus de nos têtes car nous sommes à mi-chemin, tout le monde se lève et admire le ciel. Il ne pleut pas. Le spectacle est partout. C'est très réussi.
Le trafic est de plus en plus perturbé, et bientôt le klaxon bien reconnaissable d'une voiture de police retentit. "Dégagez la rue et rentrez chez vous ! Il faut rentrer chez vous maintenant !". Incrédules les gens se retournent et observent sans bouger. Des rires éclatent. "Rentrez chez vous maintenant !". Le spectacle a commencé depuis un quart d'heure à peine. Autant vous dire qu'à ce stade de la cérémonie le public a envie de rentrer chez lui comme d'aller travailler un jour de Nouvel an chinois. La scène est totalement surréaliste, avec d'un côté, des Pékinois qui prennent vraiment leur pied devant la cérémonie qu'ils attendent depuis sept ans, et de l'autre, des policiers qui, pour réguler la circulation ne trouvent d'autre solution que de renvoyer les gens chez eux.
A peine deux ou trois minutes après, l'écran montre des faiblesses de transmission, avant de s'éteindre totalement. Fini. Il reste encore un peu de son, ce qui a pour effet d'augmenter notre frustration de ne pas voir les images qui l'accompagnent. Des éclats de voix se font rapidement entendre, c'est la stupeur. Les gens se regardent, personne ne comprend. Le son s'arrête aussi, le spectacle est à présent tout à fait terminé.
"Qu'est ce que ça veut dire ?", "rallumez la télé !". Rapidement les gens s'énervent, notre grand plaisir coupé en plein vol après quinze minutes de féérie. C'est vraiment rude. Il ne faut pas longtemps pour que l'explication circule, l'écran a été éteint sur ordre de la police, afin que les gens se dispersent et rentrent chez eux. Stupeur, mais aussi vraie colère dans les rangs.
"Qu'est ce que ça veut dire ? Tous ces gens qui regardent et vous coupez comme ça ! Rallumez la télé !!". Une femme d'une cinquantaine d'années est tout à fait énervée. Plusieurs personnes passent par dessus les barrières et se dirigent vers les deux gardes qui depuis le début se tiennent droit comme des piquets sous l'écran. Ils sont une quinzaine à s'attrouper autour d'eux, les prenant comme responsables et les interpelant vivement. Une fille se retourne vers le public et dit "Allez tout le monde ! Criez tous en même temps, Rallumez la télé !!".
Et tout le monde crie, moi la première, "kai dianshi ! kai dianshi !". Une vraie manif se met en place. Des "dianshi jiayou ! dianshi jiayou !****" fusent, ce qui a pour effet de faire rire tout le monde.
En vain. L'ordre est sans appel, l'écran ne sera pas rallumé. Beaucoup de spectateurs sont déjà partis. Je suis vraiment dégoûtée. Je prends à partie un bonhomme, "mais pourquoi ils font ça ? ça n'a pas de sens !". "Oui tu as raison, ça n'a pas de sens".
Une vingtaine de minutes s'écoulent, et les images ne reviennent toujours pas. Beaucoup se découragent et partent. Les gens sont dégoûtés. Je suis réellement triste à l'idée de toutes ces images qui m'échappent.
Un bel exemple de manque total de respect de la population. Les plus têtus reprennent leurs assauts vers les gardes. Ils veulent leur cérémonie, ils vont aller la chercher, et ils l'auront. A présent la police se déplace. Deux militaires armés, casqués et harnachés de gilets pare balles se plantent face à la petite foule qui reste.
Ils vont rallumer l'écran, c'est officiel. De toute façon il n'y a plus grand monde maintenant.
En effet, l'écran se rallume, aux deux tiers. C'est déjà ça. Des cris de joie partent de tous côtés. Le spectacle reprend. Tout va bien. Mais on a loupé une grosse partie du plus beau de la cérémonie, les tableaux culturels.
Bientôt les équipes olympiques entrent en scène. Et un autre divertissement s'offre à moi. Celui des réactions des Pékinois selon les pays. Applaudissements pour la plupart des pays totalitaires, gros applaudissements pour Dashan, le Canadien vedette en Chine pour son chinois parfait, applaudissements pour Taïwan annoncé "Chinese Taipeh" et pour Hong Kong, applaudissements marqués pour l'Irak, quelques sifflets pour le Japon, la France n'inspire pas grand chose, ils ont beau agiter leurs canotiers, ils passent aussi ignorés que le Liechtenstein.
Voilà. Je n'ai pas tenu au-delà du passage des Français. De chez moi je vois au loin les feux d'artifice de Hou Hai, et un bout de ceux de la place Tiananmen. Le 080808, c'est fini.
* Allez la Chine !
** Putain !
*** Président de la RPC
**** Allez la télé !
08 août 2008
Tous aux abris, la fête commence !

Premières impressions de cette étrange journée.
Alors non, ils ne sont pas tous terrés chez eux tremblant de peur attendant que la menace terroriste frappe. Tout autour de la place Tiananmen, et dans le quartier de Qianmen rouvert hier après des années de travaux, ils sont des milliers à attendre que les feux d'artifice soient lancés. Bandeaux rouges autour de la tête, autocollants sur les joues en forme de cœur rouge étoilé, et bien sûr les deux petits drapeaux accrochés dans les cheveux ou brandis dans chaque main, celui du drapeau chinois, et celui des JO.
L'attente. Ni plus, ni moins chaude que dans une salle d'attente à vrai dire, on attend. Pas de musique. Pas de stations crêpes. Pas d'odeur de pop corn ou de barbe à papa. La fête ils la feront plus tard, entre eux. Les cars de police passent et repassent. Le boulevard de Gongtibeilu et les rues qui entourent les stades des Travailleurs, sont en état de siège, une voiture est inspectée, dessus, dessous, dedans, sur les côtés.
Le reste de la ville, ou en tout cas ce que j'en ai vu, est tout bonnement désert comparé au flot habituel de passants.
Bon je vous laisse, je retourne me plonger dans cette ambiance de fête qui déchire tout ! Il est 19h. La cérémonie commence dans une heure.
080808

C'est très original de poster un article le 8 août à 8h08 quand on est à Pékin en 2008, donc je le poste à 8h08 le matin, et non le soir, histoire d'être un peu rebelle. La photo n'est pas à l'heure non plus puisqu'elle date de trois ans. Et le ciel n'est pas raccord non plus puisqu'il est bleu. Champ de vision vierge de fuwawa*, de drapeaux et de képis ... c'est le Pékin que je préfère. Le Pékin calme et détendu.
Comme me disait hier en plaisantant un ami chinois, "il fera beau demain car le gouvernement ne permet pas qu'il fasse mauvais le 8 août 2008". J'adore cette phrase. D'abord parce qu'elle est drôle. Ensuite parce qu'elle fait référence, même sur le ton de la dérision, à cette confiance tranquille qu'ont beaucoup de Chinois en leur gouvernement. En cette confiance qu'ils ont de sa fermeté et de sa faculté à faire tourner les éléments dans le sens qu'il faut.
A l'heure où les étrangers résidents de Pékin se renvoient depuis quelques jours la question "et toi tu fais quoi pour le 8 au soir ?", "tu la regardes où la cérémonie ?", les quelques connaissances chinoises que j'ai et à qui j'ai posé ces mêmes questions m'ont toutes répondu "je reste à la maison", "je vais regarder la cérémonie à la télé en famille", sans parler de ceux qui quittent carrément Pékin, "car il y aura trop de monde". Je parierais fort qu'un même événement à Paris auraient sorti les gens de devant leurs télés, les auraient rassemblés dans les cafés, les bars, les places publiques, pour vivre et vibrer ensemble ... comme en 1998.
On assiste à un Pékin qui se vide. Des rues où moins de passants se promènent. Des restaurants qui marchent au ralenti. Des hôtels très loin d'être complets. Des surveillants de rues déguisés en bonshommes de la circulation plantés à chaque carrefour, agitant sans conviction et surtout sans effet des petits drapeaux rouges pour indiquer aux vélos que c'est à eux de passer, ou à eux de s'arrêter.
4 jours. C'est ce qu'il me reste pour vivre les JO de Pékin 2008, puisque pour des raisons de formalités de visa de résident je dois quitter la Chine dès le 12, pour y revenir après la cérémonie de clôture. Ironie de mon histoire chinoise, moi qui m'étais promis il y a trois ans de rester jusqu'aux JO, pour vivre cet événement hors du commun. Et finalement de réaliser que non, je ne suis pas si malheureuse de quitter la ville et son ambiance de garnison qui dépékinise le plus pékinois des Pékinois.
Je vais essayer de palper le pouls de ces premiers jours d'olympisme, ou ce qu'il en reste. Et de revenir non avec une médaille, mais avec d'autres histoires.
06 août 2008
Excusez-moi de vous demander pardon
Je sais que vous êtes nombreux à attendre la suite de Lou, mais à deux jours de l'ouverture des Jeux (quoique vu l'ambiance, "examens", "soutenance" ou "coloscopie" seraient plus appropriés, car enfin rien n'annonce que ce qui arrive est de l'ordre de l'amusement) Olympiques, il serait quand même tout à fait saugrenu - voire terroriste - de ne pas effleurer le thème. Séchant gravement sur la question des "Jeux" mêmes, je trouve les "à côtés" bien plus rigolos.
Prenez par exemple les Babuwen. Du jamais vu en matière de civisme. Les Babuwen, ou "Le choc des civilisations expliqué à ma mère par le Parti".
Explications. Pariant sur une marée d'étrangers affluant à Pékin pour les JO (ils sont en fait beaucoup moins nombreux qu'attendu), le gouvernement chinois, dans sa grande mansuétude, a jugé nécessaire, voire impératif, de constituer une petite liste de 8 questions à pas poser à un étranger, et d'afficher cette liste parmi d'autres conseils civiques tous plus farfelus les uns que les autres, sur les nombreux panneaux qui jalonnent la ville. Encore cette foutue manie du pense-bête.
Fidèle à son habitude de s'adresser à ses concitoyens comme s'ils étaient tous pareillement demeurés, le gouvernement chinois s'est creusé le carafon pour établir cette liste, soucieux qu'il est que l'étranger ne soit pas importuné par les multiples questions intrusives que les Pékinois, par nature curieux et communicants, posent à longueur de temps et de façon tout à fait naturelle et spontanée.
- Tu gagnes combien ?
- T'es mariée ?
- T'habites où ?
- C'est quoi ton travail ?
- T'as quel âge ? etc etc ...
Gnüüüt !!!! perdu !! vous êtes un mauvais Pékinois !!
Par contre les questions suivantes sont tout à fait tolérées :
- t'as pas cent balles ?
- c'est combien ? (de préférence à une jeune fille qui attend une copine)
- t'en veux ?
- est-ce que tu portes une arme nucléaire sur toi ?
- t'es plutôt slip ou caleçon ?
- vous couchez ensemble ? (vécu avec un camarade de fac pendant une visite de musée en 1995)
- quelle est ta fuwa* préférée ? (celle-ci est particulièrement vicieuse vous en conviendrez)
Personnellement mes babuwen sont :
- Purée, t'as arrêté de te nourrir ? t'es maigre ! (top number one)
- Pourquoi t'es venue en Chine ? (déjà posée cent trente douze fois)
- C'est qui tes amis ?
- Pourquoi tu fais un blog ?
- Pourquoi tu mens sur ton âge ? (mais euh, j'ai vraiment 34 ans !)
- T'as fait quoi comme études ? (un intitulé de troisième cycle tout bonnement imprononçable)
- T'écoutes quoi comme musique ? (euh, de la musique)
- Tu veux une cigarette ? (ah ben non hein, j'ai arrêté je vous dis ! ah mais)
Mais je m'égare. Au milieu de ces questions anodines et pourtant déconseillées, les questions portant sur les opinions politiques et les croyances religieuses sont également tabous. On se demande d'ailleurs si les six autres questions ne sont pas là uniquement pour justifier ces deux-là. De toute façon, que le gouvernement se rassure, les dialogues entre touristes et locaux sont déjà rarissimes tant le barrage de la langue est rapidement plus efficace que toutes les listes du monde.
Bref vous l'aurez compris, au pays des JO de Berlin ... pardon! de Pékin, où l'étranger typique est masculin, blond, anglophone, cravaté et prénommé Peter (cf dessin), le plus simple est encore de ne pas se parler du tout, ça simplifie la question.
Et vous c'est quoi vos "babuwen" ?
*mascottes chinoises des Jeux Olympiques
15 juin 2008
Petites réflexions du dimanche sur le pays du meiyou
Les vieux de la vieille vous diront l'œil embué de larmes de crocodile nostalgique, que la Chine avant, c'était le pays du "meiyou" 没有 ("y a pas"). Période que je n'ai connue que dans les livres étant donné que déjà en 1995, année de mon premier séjour chinois ô combien inspirateur de ma vie pékinoise actuelle, l'ère "meiyou" (à ne pas confondre avec l'ère Meiji japonaise) avait déjà basculé dans celle du "meiyou wenti" 没有问题 ("y a pas de problème"), comprenez par là "y en a pas, mais comme on est les rois de la débrouille on va vous trouver à peu près pareil pas plus tard que tout de suite".
Et c'est ainsi que l'ère du "chabuduo" 差不多 ("à peu près") et du "haixing" 还行 ("ça passe encore") entrait dans ses années victorieuses, dans lesquelles nous nageons encore aujourd'hui. Philosophie du bricol'boy qui nous enchante quand un problème insurmontable est résolu en quelques minutes, autant qu'elle nous exaspère quand un truc nous claque entre les doigts après une semaine d'utilisation, ou qu'une méthode employée à résoudre tel problème s'avère ne pas répondre à l'ensemble du problème mais uniquement à sa partie émergente.
Las de vous battre, vous êtes résigné, vous vous sentez glisser vers l'apathie, vous êtes en proie au "meiyou banfa" 没有办法 (y a pas l'choix), d'ailleurs "meishi'r" 没事儿 (ça fait rien), et "wusuowei" 无所谓 (j'm'en tamponne), sont vos répliques favorites, elles ont l'avantage de pouvoir répondre à tout type de contrariété, vous les dites trente fois par jour.
Si l'ère du "meiyou" est bel est bien révolue dans l'espace matériel, on ne peut que constater que nous nous y enfonçons chaque jour davantage dans l'espace immatériel, je veux parler bien sûr de celui où nous nous trouvons en ce moment, l'Internet.
A mesure que la grande fête sportive de la fraternité entre les peuples approche, celle du partage des connaissances et de la curiosité s'éloigne, entraînant même avec elle d'inoffensifs divertissements (le plus gros événement musical de Chine de l'année, le Midi Festival, reporté en octobre, disparition du magazine anglophone de loisirs TimeOut ... ben oui, au bout de trois ans et demi de publication ils se rendent compte qu'il manque un papier à la licence. 'tain, ça c'est pas de bol quand même, à deux mois des JO !...)
Mais revenons à l'Internet. Depuis trois ans cette année je m'étais résolue (parce que "meiyou banfa"), à passer par un proxy pour consulter mes sites Internet favoris. Le proxy est une adresse magique qui permet de passer outre la censure chinoise. Censure qui bloque aveuglément tout serveur où est hébergé un mot ou une phrase supra dangereux pour les cerveaux du genre "les exportations taïwanaises vers la Chine" ou "le Tibet est un pays fleuri", bloquant dans le même temps des milliers d'adresses de sites hébergés sur ce même serveur. En ce qui me concerne je fais cette manipulation pour environ un site sur deux. C'est gonflant, mais on s'habitue.
Comme beaucoup d'internautes en Chine, j'utilisais donc le fameux anonymouse.org allemand. Oui mais voilà, depuis quelques jours, point d'anonymouse.org. Le proxy allemand aurait-il été frappé par le "meiyou" ? Quelqu'un aurait-il une explication rationnelle avant que je ne qualifie cette étrange disparition de xième sournoise manœuvre visant à nous plonger un peu plus dans l'isolement voire dans l'obscurantisme pré-JO ?
En attendant, j'en ai trouvé un autre.
08 mars 2008
La Chine change

Juste avant le nouvel an chinois, j'ai reçu dans ma boîte aux lettres, un bien étrange courrier. Une enveloppe épaisse, remplie de différents documents. Une carte de vœux me souhaitant une bonne année 2008 et un joyeux Noël, un DVD, un cédérom et un livre. Le tout accompagné d'une carte de visite, celle de Tai Lihua, directrice artistique de My Dream.
My dream, my dream ... ça ne vous rappelle rien ? ("One World, one Dream" ... le slogan des jeux olympiques).
Au premier abord, j'ai pensé à une secte. Des images de déesses bouddhiques aux mille bras, auréolées de slogans plus que suspects ("Wishing the world harmony and happiness", "Blessings on you" ...) un mélange de soupe religieuse et images dégoulinantes de mièvrerie. Et puis ... bon sang mais c'est bien sûr ! C'est le Parti qui m'écrit ! Qui d'autre que l'auteur de ce fantasme de "société harmonieuse" pourrait souhaiter au monde "bonheur et harmonie" ?
Le tout est très bien ficelé, "on" y a mis les moyens. Tout écrit en anglais, ce dossier de presse à destination des étrangers, est un redoutable outil de communication. Inattaquable, puisque consacré aux handicapés. Total respect. My Dream, projet artistique de la Troupe des Artistes Handicapés de Chine financée par le gouvernement (d'où les gros moyens), présente des concerts, des numéros de danse et d'acrobaties, dont les scripts sont de toute évidence le fruit de la créativité de l'artiste qui réchauffe de ses chants et poèmes, le Palais du Peuple.
Prenons par exemple le texte de cet inquiétant ballet, "Yellow Earth" (Terre jaune) :
A philosopher once observed that the yellow earth is the cradle of the Chinese nation.
A farmer said that people will not starve to death as long as there is yellow earth.
For centuries, the Loess Plateau has been fascinating its inhabitants.
As our yearnings remain unchanged the hope of the nation is soaring to heaven.
Un jour, un philosophe a remarqué que la terre jaune est le berceau de la nation chinoise.
Un paysan a dit que les gens ne mourront jamais de faim tant que la terre sera jaune.
Pendant des siècles, le Plateau de Loess a fasciné ses habitants.
Alors que nos ardeurs demeurent inchangées, l'espoir de la nation s'élance vers le ciel.
Alléluia.
My Dream et ses centaines d'artistes sourds, aveugles, handicapés moteur, amputés (ils sont donc là ! je me disais aussi, on les voit jamais dans les rues !), a voyagé partout dans le monde pour propager l'harmonie. De nombreuses pages du livre sont consacrées aux témoignages des cinquante pays qui se sont émerveillés devant le spectacle. Tout le monde est joyeux, tout le monde sourit, les entraînements se passent sans souffrances, dans l'épanouissement le plus total, jusqu'au final éblouissant où les artistes saluent les spectateurs, sous les cieux rouges ... de la Chine rouge.
Arf.
Difficile de ne pas faire de rapprochement avec d'autres sourires, d'autres soleils rouges. La seule différence entre l'image du haut et celle du bas, semble être la tête de Mao. Et encore, je suis sûre qu'en grattant un peu, on trouvera une image cachée dans les nuages, le portrait de Hu Jintao subliminal !
Enfin bon, maintenant ils ont des portables et des voitures, et ils peuvent acheter des appartements le long du cinquième périph, si ça c'est pas du changement en profondeur !
Je vous souhaite à tous harmonie et bonheur (mon dieu, ils m'ont eue !).

Le président Mao est le soleil rouge dans nos coeurs.
Photo: mydream.org.cn
Affiche: maopost.com
06 février 2008
Rat

" Rappelle-toi, la vie est courte, enfreins les règles, pardonne vite, embrasse lentement, aime vraiment, ris sans retenue, et ne regrette jamais rien qui t'ait fait sourire. Bonne fête du printemps ! "
Texto de Jiachun, un ami chinois, reçu ce soir, pendant que dehors les pétards grondent, et les rats effrayés, se cachent sous terre. Très bonne année chinoise à tous !
08 décembre 2007
Klissmeusse
Depuis une semaine environ, le ras-de-marée a commencé. Dans le hall de l'immeuble de mon bureau, ils ont planté un specimen de sapin des Vosges en plastique, orné de boules rouges et argentées. A ses pieds un Père Noël nain de 1,20m, brave les courants d'air et ramasse la poussière de 2007, qui viendra s'accumuler à celle de 2006, déjà épaisse sur celle de 2005. Le Père Noël n'est pas passé au pressing Fornet, les poils blancs de sa barbe et de son manteau ne sont plus blancs depuis longtemps, ils sont plutôt couleur charbon, couleur traffic pékinois, couleur chantier. Qu'importe.
Donc tous les matins, nos regards se croisent, nous nous plaignons mutuellement. Moi de son état de crasse, lui de m'en imposer la vue. Et s'il n'y avait que la vue.
I wish you a merry Christmas, I wish you a merry Christmas, I wish you a happy Christmas and a happy new yeaaaaar.
Ou bien,
Jingle bells, jingle bells, jingle all the way, Oh what fun it is to ride in a one-horse open sleigh, O ...
AAAAAAAAhhh Stooooop !
Tous les transistors de tous les magasins sont bloqués sur les chants de Noël, il y a même des gens qui se les mettent en sonnerie de portable, si !
L'autre soir, alors que je faisais la queue à une caisse, un jeune couple derrière moi s'amusait à prononcer chacun leur tour ... Christmas !
Lui : Klissmeusse !
Elle : mais non, Klaïzmasse !
Lui : Kliss-meusse !
Elle : mais non je te dis, Klaïz-masse !
Lui : ah ah ah
Elle : hi hi hi
J'élabore des plans dans ma tête, moi en train de leur casser un sapin et ses boules sur la tête, à moins que je choisisse une bûche et ses pères Noël bucherons plantés entre deux champignons meringue ?
N'allez pas déformer mes propos, j'adore Noël. Simplement l'idée que toutes ces guirlandes vont faire partie de notre décor jusqu'au mois d'avril (oui, ici, elles survivent même au Nouvel an chinois !), ça me fout le bourdon.
