21 avril 2008
Ô miracle !
Il y a l'"Homme qui tombe à pic", il y a le livre qui tombe bien.
A l'heure de la colère nationaliste, encouragée par un régime qui appelle également les Chinois à "canaliser de manière rationnelle" leur "ardeur patriotique" (ou comment en une phrase, souffler le chaud et le froid), il est temps de s'informer sur le fonctionnement même de ce régime.
Loin de moi l'envie d'initier ici un débat. Je ne saurais que trop vous encourager à vous procurer ce livre qui sort en librairie en France ce jeudi 24 avril*. Pourquoi ?
D'abord parce que la photo de la couverture c'est moi qui l'ai faiiiite (c'est une raison suffisante pour les lecteurs de camillenchine non ?). Pas peu fière que je suis, ma première couverture de livre ... sur un livre qui sort le jour de mon anniversaire ! Un hasard (miracle ?) du calendrier qui me ravit.
Ensuite et surtout parce que précisément en ces temps d'incompréhension mutuelle, il est vraiment l'heure de se documenter, de prendre du recul.
"Pour en finir avec le miracle chinois" n'est pas un livre anti-chinois. Ce n'est pas non plus un livre pro-occidental. Chacun en prend pour son grade, même "les experts étrangers [qui] sont légion, surtout ceux qui ont passé en général moins d'une semaine en Chine." La question n'est d'ailleurs pas d'être "pro" ou "anti".
Ce livre nous permet de mieux comprendre pourquoi nous vivons ce que nous vivons. Au vu de l'actualité, il ne pouvait pas mieux tomber.
Dans cette relation particulière qui nous lie à la
Chine, mêlée d'amour et d'inquiétude, beaucoup d'entre nous sommes aveuglés par
sa réussite économique fulgurante. Aveuglés aussi, il faut bien le
reconnaître, par une propagande qui a dépassé ses frontières chinoises, en même
temps que le marché chinois s'ouvrait il y a trente ans, que nos
désillusions françaises se creusaient et que nous cherchions d'autres voies (comme disait Laozi ...). Mais
ne dit-on pas que l'amour rend aveugle ?
Aujourd'hui, pour ceux qui prenaient,
comme le dit l'auteur, leurs "désirs occidentaux pour des réalités
chinoises", les désillusions sont grandes. Eh oui, la Chine est encore une
dictature. Pourtant, la Chine est bel et bien le centre du monde qui fait
saliver sa périphérie chaque jour davantage. Et ce n'est pas le fait d'un
miracle, même économique. Cela tient de la nature même de son système ingénieux,
mélange d’immobilisme redoutable et d’innovation surprenante, une recette
inédite, un cocktail « sucré salé ». Générateur de rêves pour les
uns, et de cauchemars pour les autres. Inchangé pour tous, depuis des
décennies.
Philippe Massonnet, directeur de l'Agence France-Presse en Chine, connaît bien
son sujet pour avoir vécu et travaillé en tant que journaliste bilingue en
Chine dès 1983. Il raconte dans ce livre le fonctionnement du système chinois,
à travers son expérience personnelle et professionnelle, le nourrit de faits et
d'anecdotes. Un livre riche et instructif, souvent drôle, parfois cynique, que les lecteurs de sa Crêperie de Pékin apprécieront.
"Pour en finir avec le miracle chinois"
de Philippe Massonnet
Editions Philippe Picquier, collection Reportage
Sortie en librairie le jeudi 24 avril 2008, 19€
* et à l'Arbre du Voyageur, la librairie du centre culturel français de Pékin, pour les Pékinois.
En vente sur Amazon et sur le site de la Fnac, également ici, ou là.
Interview de Philippe Massonnet par Télérama, ici.
01 mars 2008
Mille jours à Pékin avec Maurice Ciantar

Deuxième livre de cette nouvelle rubrique "bouquins", les Mille Jours à Pékin de Maurice Ciantar, sont mon livre de chevet depuis Noël. Hum, oui bon, deux mois pour lire un livre, ça n'est pas glorieux. Mais j'ai fait des pauses Guy Deslile, et des pauses tout court ... Ils sont copieux ces 1000 jours, difficile de les lire d'une traite.
Depuis ce jour de 1988 où j'ai manifesté mon intérêt (sorti de nulle part) pour la Chine, mon père met de côté et me donne dès que l'occasion s'en présente, des livres à son sujet. Depuis vingt ans donc. Bientôt je vais ouvrir un petit bibliobus spécial Chine. Et donc comme je suis une fille assez ingrate, je ne lis pas toujours tout ce que mon généreux papa m'offre concernant la Chine, ce qui est impardonnable. Enfin disons que je ne les lis pas tout de suite, - je me rattrape, il ne faudrait pas non plus qu'en lisant ce post il en tire la conclusion que ce temps passé à m'instruire est vain et qu'il décide de couper mes ressources livresques !
Et donc, le dernier de la liste se trouve être ce journal de Maurice Ciantar, écrit il y a quarante ans, entre 1965 et 1968, lors d'un séjour de trois ans à Pékin, en pleine révolution culturelle. Il était alors correcteur à Pékin Informations, organe de presse officiel. Comme tous les étrangers à cette époque à Pékin, il vivait à l'hôtel de l'Amitié, le fameux Youyi Binguan. Hôtel qu'il finira par nommer l'hôtel de l'"Inimitié", tant l'entretien des lieux sera laissé en jachère, pendant ces années de Révolution qu'il qualifie tout au long du livre, d'"inculturelle".
Son nom ne vous dit peut-être rien car il est décédé en 1990, un peu dans l'oubli, après avoir connu dans les années 60 une certaine notorité en tant que journaliste, écrivain, polémiste, râleur indomptable ... Baroudeur aussi, puisque parti trois ans à Pékin, pendant lesquels il écrivit ce livre. Témoignage unique en son genre, celui d'un dandy aux tempes grisonnantes, pas communiste du tout, et qui partagera son quotidien avec des étrangers quasiment tous maoïstes, venus vivre la Révolution pour de vrai. Qu'écrirait-il aujourd'hui !
Récit passionnant, souvent dérangeant car sans complaisance, de la vie d'un vieux solitaire désabusé par ces contemporains qu'ils soient Chinois ou Occidentaux, amoureux des femmes et donc très frustré pendant ces années de filles en pantalon douces comme des maraîchers le samedi à 3h sur Rungis, et surtout, et c'est ce qui rend ce livre parfois difficile à lire, adepte d'une écriture académique très fouillée, qui nécessite parfois, le recours au dictionnaire.
Un livre certainement difficile à trouver en dehors des brocantes, mais qui est un régal pour qui s'intéresse à la Chine et aux Chinois, tant il aide à comprendre la société d'aujourd'hui, et tant certains parallèles sont possibles entre les laowai (étrangers) d'hier, et ceux de maintenant. Sans parler du simple fait qu'il permet de connaître le quotidien pékinois de la désastreuse révolution culturelle.
Mille jours à Pékin, Maurice Ciantar. Editions Gallimard, 1969.
Photo : ledilettante.com
01 février 2008
Ascenseur, quand tu nous tiens ...
Je ne résiste à vous faire passer cette planche extraite de la BD de Guy Delisle, Shenzhen, qu'un fan ;) m'a envoyée par mail. Les histoires d'ascenseur, on ne s'en lasse pas. "A lire absolument" me dit-il, mais le livre est épuisé ... Dommage !
(cliquez sur l'image pour l'agrandir)
Copyright: Guy Delisle
22 décembre 2007
Les bonnes crêpes, ça se lit aussi !
Dans la série je vous donne des idées pour vos cadeaux de Noël, en voici un que vous pouvez faire les yeux fermés ! Et ne me dites pas "oh un livre, j'en ai déjà un !". Tiens à ce sujet je crois qu'à part un ou deux livres de photos, je n'ai toujours pas abordé le sujet de la lecture sur ce blog de deux ans d'âge. Il était bien temps que je m'y mette et je suis particulièrement heureuse de commencer par La crêperie de Pékin, recueil de nouvelles qui vous embarqueront dans une truculente virée au coeur du Pékin moderne.
Que vous ayez ou non foulé le sol chinois ces dernières années, vous ne pourrez rester de marbre en lisant l'histoire du député Hu arrivé de son lointain Guizhou jusqu'à la capitale pour assister à la session annuelle de l'Assemblée nationale et qui part dans une recherche candide du Cherhilton (Sheraton), intrigué par les tarifs élevés du coiffeur de l'hotel de luxe. Le portrait de la pétulente et frimeuse Mei accroc à son portable, et celui de Petit Li, ouvrier inquiet à l'Usine de souvenirs numéro 3 de Pékin qui n'arrive pas à maintenir Taiwan accroché à la Mère Patrie, sont comme le reste du livre : drôles et tendres.
Portraits plein de fraîcheur de quelques Pékinois d'aujourd'hui, qui jamais ne tombent dans la moquerie du fait de la tendresse dont est empreinte chacune de ces histoires. Pas de niaiserie non plus dans le style parfois cru, toujours vif, parfait pour raconter les absurdités de la vie quotidienne moderne !
L'auteur, Philippe Massonnet, a aussi écrit La Chine en folie aux éditions Picquier en 1997. Journaliste, il a découvert la Chine en 1983 et dirige aujourd'hui le bureau de l'AFP en Chine. Dans sa dédicace il explique très bien l'objectif de ces nouvelles : "(...) on raconte beaucoup de choses sur la Chine, parfois tout et n'importe quoi, et souvent sur l'Histoire, mais on ne raconte pas assez d'histoires, qu'elles soient vraies ou imaginaires, ou les deux à la fois."
C'est mon coup de coeur de l'année !
La crêperie de Pékin, aux éditions de L'Aube
Philippe Massonnet. Paru en 2003
