23 juin 2008
L'experte française
Non, ça fait pochtrone.
Comme j'aime boire, je bois régulièrement du vin.Comme je suis française, je bois régulièrement du vin. Non non, ça fait pochtrone qui cherche une excuse. En plus c'est débile, les Polonais boivent beaucoup plus que les Français. Pour mon travail, je suis bien obligée de me tenir informée des produits français qui sont exportés en Chine et de les goûter de temps en temps, et il se trouve que quand même, la grande majorité des produits français qui sont exportés en Chine, sont liquides et alcoolisés. Ouais, bon.
Qu'on se le dise, le Français naît avec un diplôme de sommelier dans ses couches culotte, il est ze spécialiste en vins, celui qui doit se coller au choix du vin dans une tablée United colors of Benetton. "Drink list? oh we leave this to our little frenchy over there, she was born in a vineyard, she used to play with bottles instead of skittles, no problem for her to make the difference between a Côtes-de-Nuit and a Bâtard-Montrachet" ... grmf.
Vous qui êtes en France, saviez-vous que c'est l'enfer d'être Français à l'étranger ? D'abord, en ce moment en Chine, c'est l'enfer d'être Français tout court, pour des raisons flammo-tibétaines que je ne développerai pas ici. Mais saviez-vous que notre nationalité est un gage de qualité en matière fromageo-viticole ?
Estampillé français ! Que l'on soit né dans le Maine-et-Loire, en Auvergne ou dans les Bouches du Rhône, le BAC Vin/Fromage/Baguette option Béret nous est systématiquement attribué avec mention Très bien. Ce qui fait peser sur nos frêles épaules gauloises, une pression terrible : quelle perte de face insoutenable si la carte des vins nous parait aussi simple à comprendre que des katakanas japonais, ou que l'étal de fromages nous parle autant que la carte des conflits du Moyen-Orient. "Mérité-je vraiment d'être français ?" vous flagellez-vous de branches de buis bien coupantes.
Alors parfois vous exercez ce pouvoir qui vous est donné à la naissance (un peu comme Superman et ses cryptonites) pour faire connaître votre avis céleste et indiscutable sur la qualité d'un vin, ou de tout autre produit mondialement reconnu pour avoir été divinement conçu on the french soil, the fameux terroir français, tadâââ.
Donc, un jour, je sifflotais dans le frigo de la Boucherie Michel (endroit plus français que l'ambassade de France) mon BAC vin/fromage/baguette en poche, à la recherche d'une bonne bouteille de vin bien de chez nous, bien fraîche, pour une consommation immédiate (fait çaud). Pas disposée à investir plusieurs têtes de Mao Zedong (le billet de 100 RMB chinois, l'équivalent de 10 euros), je jette mon dévolu sur une bouteille de Bordeaux blanc sec dont je tairai l'appellation, à 78 RMB (même si vous me la demandiez je ne saurais répondre, j'ai une mémoire de poisson).
Erreur. Ouhla, pas bon. Du tout, du tout. Terrible même. Malade même. Avec deux petits verres. Malade. Très.
Je profitai donc de ma visite suivante à la Boucherie Michel pour avertir le personnel de la mauvaise qualité de cette bouteille, lui racontant mes mésaventures bordelaises suite à l'ingurgitation de deux petits verres de ce vin. D'abord, ce fut la stupeur. Mince ! Mais c'est du vin français ! Discutage sur le fait que chacun a un estomac tellement différent de celui de son voisin. Oui m'enfin là, quand même, c'est bien la première fois que je suis malade avec du vin. Et puis, l'arôme. Pas normal, l'arôme. Bref, frelatée la bouteille. Faut pas chercher midi à quatorze heure.
Moi, je dis ça, j'ai rien dit.
C'est à peu près l'effet qu'a suscité mon avis de consommatrice aguerrie. La vendeuse a fait mine pendant quelques minutes de s'intéresser à ma remarque, avant de replacer la bouteille en question dans le frigo. Boârf. "Parle à mon cul, ma tête est malade".
Plusieurs jours après, je repasse, à tout hasard je jette un œil dans le frigo, histoire de voir si la bouteille est toujours là. Elle trône toujours à sa même place. Bon, moi je dis ça, j'ai rien dit.
Autre supérette, autre produit, autre expérience, même bide.
Une boîte de céréales, ouverte. Au moment où j'allais la mettre dans mon caddie une vendeuse vérifie son rayon. "Bonjour! oups, cette boîte de céréales est ouverte, elle a du avoir un problème dans le transport!" je lui dis. "Ah oui!", elle me répond. Et la boîte reprend sa place dans le rayon. Bon.
Il va falloir que je m'habitue à ce que mon avis compte pour de la bouse de yak mongol apparemment.
15 juin 2008
Petites réflexions du dimanche sur le pays du meiyou
Les vieux de la vieille vous diront l'œil embué de larmes de crocodile nostalgique, que la Chine avant, c'était le pays du "meiyou" 没有 ("y a pas"). Période que je n'ai connue que dans les livres étant donné que déjà en 1995, année de mon premier séjour chinois ô combien inspirateur de ma vie pékinoise actuelle, l'ère "meiyou" (à ne pas confondre avec l'ère Meiji japonaise) avait déjà basculé dans celle du "meiyou wenti" 没有问题 ("y a pas de problème"), comprenez par là "y en a pas, mais comme on est les rois de la débrouille on va vous trouver à peu près pareil pas plus tard que tout de suite".
Et c'est ainsi que l'ère du "chabuduo" 差不多 ("à peu près") et du "haixing" 还行 ("ça passe encore") entrait dans ses années victorieuses, dans lesquelles nous nageons encore aujourd'hui. Philosophie du bricol'boy qui nous enchante quand un problème insurmontable est résolu en quelques minutes, autant qu'elle nous exaspère quand un truc nous claque entre les doigts après une semaine d'utilisation, ou qu'une méthode employée à résoudre tel problème s'avère ne pas répondre à l'ensemble du problème mais uniquement à sa partie émergente.
Las de vous battre, vous êtes résigné, vous vous sentez glisser vers l'apathie, vous êtes en proie au "meiyou banfa" 没有办法 (y a pas l'choix), d'ailleurs "meishi'r" 没事儿 (ça fait rien), et "wusuowei" 无所谓 (j'm'en tamponne), sont vos répliques favorites, elles ont l'avantage de pouvoir répondre à tout type de contrariété, vous les dites trente fois par jour.
Si l'ère du "meiyou" est bel est bien révolue dans l'espace matériel, on ne peut que constater que nous nous y enfonçons chaque jour davantage dans l'espace immatériel, je veux parler bien sûr de celui où nous nous trouvons en ce moment, l'Internet.
A mesure que la grande fête sportive de la fraternité entre les peuples approche, celle du partage des connaissances et de la curiosité s'éloigne, entraînant même avec elle d'inoffensifs divertissements (le plus gros événement musical de Chine de l'année, le Midi Festival, reporté en octobre, disparition du magazine anglophone de loisirs TimeOut ... ben oui, au bout de trois ans et demi de publication ils se rendent compte qu'il manque un papier à la licence. 'tain, ça c'est pas de bol quand même, à deux mois des JO !...)
Mais revenons à l'Internet. Depuis trois ans cette année je m'étais résolue (parce que "meiyou banfa"), à passer par un proxy pour consulter mes sites Internet favoris. Le proxy est une adresse magique qui permet de passer outre la censure chinoise. Censure qui bloque aveuglément tout serveur où est hébergé un mot ou une phrase supra dangereux pour les cerveaux du genre "les exportations taïwanaises vers la Chine" ou "le Tibet est un pays fleuri", bloquant dans le même temps des milliers d'adresses de sites hébergés sur ce même serveur. En ce qui me concerne je fais cette manipulation pour environ un site sur deux. C'est gonflant, mais on s'habitue.
Comme beaucoup d'internautes en Chine, j'utilisais donc le fameux anonymouse.org allemand. Oui mais voilà, depuis quelques jours, point d'anonymouse.org. Le proxy allemand aurait-il été frappé par le "meiyou" ? Quelqu'un aurait-il une explication rationnelle avant que je ne qualifie cette étrange disparition de xième sournoise manœuvre visant à nous plonger un peu plus dans l'isolement voire dans l'obscurantisme pré-JO ?
En attendant, j'en ai trouvé un autre.
