encageLes vieux de la vieille vous diront l'œil embué de larmes de crocodile nostalgique, que la Chine avant, c'était le pays du "meiyou" 没有 ("y a pas"). Période que je n'ai connue que dans les livres étant donné que déjà en 1995, année de mon premier séjour chinois ô combien inspirateur de ma vie pékinoise actuelle, l'ère "meiyou" (à ne pas confondre avec l'ère Meiji japonaise) avait déjà basculé dans celle du "meiyou wenti" 没有问题 ("y a pas de problème"), comprenez par là "y en a pas, mais comme on est les rois de la débrouille on va vous trouver à peu près pareil pas plus tard que tout de suite".

Et c'est ainsi que l'ère du "chabuduo" 差不多 ("à peu près") et du "haixing" 还行 ("ça passe encore") entrait dans ses années victorieuses, dans lesquelles nous nageons encore aujourd'hui. Philosophie du bricol'boy qui nous enchante quand un problème insurmontable est résolu en quelques minutes, autant qu'elle nous exaspère quand un truc nous claque entre les doigts après une semaine d'utilisation, ou qu'une méthode employée à résoudre tel problème s'avère ne pas répondre à l'ensemble du problème mais uniquement à sa partie émergente.

Las de vous battre, vous êtes résigné, vous vous sentez glisser vers l'apathie, vous êtes en proie au "meiyou banfa" 没有办法 (y a pas l'choix), d'ailleurs "meishi'r" 没事儿 (ça fait rien), et "wusuowei" 无所谓 (j'm'en tamponne), sont vos répliques favorites, elles ont l'avantage de pouvoir répondre à tout type de contrariété, vous les dites trente fois par jour.

Si l'ère du "meiyou" est bel est bien révolue dans l'espace matériel, on ne peut que constater que nous nous y enfonçons chaque jour davantage dans l'espace immatériel, je veux parler bien sûr de celui où nous nous trouvons en ce moment, l'Internet.

A mesure que la grande fête sportive de la fraternité entre les peuples approche, celle du partage des connaissances et de la curiosité s'éloigne, entraînant même avec elle d'inoffensifs divertissements (le plus gros événement musical de Chine de l'année, le Midi Festival, reporté en octobre, disparition du magazine anglophone de loisirs TimeOut ... ben oui, au bout de trois ans et demi de publication ils se rendent compte qu'il manque un papier à la licence. 'tain, ça c'est pas de bol quand même, à deux mois des JO !...)

Mais revenons à l'Internet. Depuis trois ans cette année je m'étais résolue (parce que "meiyou banfa"), à passer par un proxy pour consulter mes sites Internet favoris. Le proxy est une adresse magique qui permet de passer outre la censure chinoise. Censure qui bloque aveuglément tout serveur où est hébergé un mot ou une phrase supra dangereux pour les cerveaux du genre "les exportations taïwanaises vers la Chine" ou "le Tibet est un pays fleuri", bloquant dans le même temps des milliers d'adresses de sites hébergés sur ce même serveur. En ce qui me concerne je fais cette manipulation pour environ un site sur deux. C'est gonflant, mais on s'habitue.

Comme beaucoup d'internautes en Chine, j'utilisais donc le fameux anonymouse.org allemand. Oui mais voilà, depuis quelques jours, point d'anonymouse.org. Le proxy allemand aurait-il été frappé par le "meiyou" ? Quelqu'un aurait-il une explication rationnelle avant que je ne qualifie cette étrange disparition de xième sournoise manœuvre visant à nous plonger un peu plus dans l'isolement voire dans l'obscurantisme pré-JO ?

En attendant, j'en ai trouvé un autre.