29 mars 2008
Allez voir ailleurs
Samedi, temps de pause après une semaine marathonienne. Levée à .. euh... bof, déjeuné à l'heure du goûter, c'est bon de traîner un peu quand même. Mails, Internet, blog ... tiens, et si je faisais un peu la poussière ?
Ça commence toujours comme ça le grand ménage avec moi, je repère une petite bouloche sur un coussin, et ça se termine en tornade blanche du sol au plafond.
Aujourd'hui j'ai fait le ménage dans mes liens. Aïe. Certains d'entre vous sont partis dans le ventre de l'aspirateur. Ceux qui ne disent plus rien depuis un an au moins, ceux auxquels je n'accède plus, même par un proxy, ceux qui disent clairement qu'ils ne repasseront plus par là*. Certains, dormant depuis plus d'un an, sont restés, parce que je les aime, comme Shanghai Pagaille, ou le Journal photographique.
Des nouveaux arrivent, il faut leur faire la place. Les plus observateurs auront peut-être repéré deux nouvelles adresses parmi mes chouchous.
Buy buy Beijing, dont la bannière me plait vraiment beaucoup, est un des blogs les plus originaux que je connaisse. Anglophone, il publie des conversations, et minis interviews de Chinois au sujet de produits qu'ils achètent ou vendent. C'est frais, instructif, divertissant, un blog qui a un petit côté décalé charmant.
Il fallait le faire,
Stylites in Beijing l'a fait. Pas facile pourtant de reprendre le concept de l'excellent Sartorialist, le blog au succès fulgurant et mérité qui présente un inventaire vestimentaire en photos d'inconnus bien lookés croisés dans la rue ou aux sorties de défilés. Sur Stylites les photos sont souvent floues, les looks pas toujours incroyables, et pourtant le plaisir est grand de parcourir tous ces portraits de gens qui vivent à Pékin. Ces deux blogs prouvent une chose : l'habit ne fait peut-être pas le moine, mais il fait voyager.
En parlant de moine, je sais que certains se demandent pourquoi la triste actualité n'est pas abordée ici. Mon ménage sur le blog m'a permis de constater avec regret que 98% des sites que j'ai listés sont bloqués en Chine. Le service que j'utilise est un des rares a être encore accessibles, ce serait bien s'il pouvait le rester encore un peu, non ? On ne dit pas ce qu'on veut ici, et certains reconnaissent qu'ils n'auraient pas abordé le sujet s'ils étaient encore sur le sol chinois. Peut-être aussi que ces événements me troublent trop pour que j'arrive à en parler calmement, et je n'aimerais pas que mes propos soient mal interprétés.
J'ai lu ce matin l'
article d'Olivier, l'auteur de Blog en Chine, qui exprime à mon sens de la façon la plus juste, le mur d'incompréhension qui nous sépare, les Chinois et "nous", les autres, les Occidentaux. Olivier, pourtant parfaitement bilingue et intégré, reconnaît modestement qu'il lui est difficile d'expliquer ce "gouffre" qui nous éloigne les uns des autres. J'aime cet article qui aborde de façon posée, presque dépassionnée, un sujet grave sur lequel de nombreuses personnes se perdent et s'engouffrent dans des débats sans fin, agressifs, étouffant parfois les espaces de commentaires de blogs qui ne demandent qu'à respirer.
Alors je préfère vous raconter des histoires de tabourets, pardon, de mazha, de troupe d'artistes handicapés ou de pense-bêtes chinois, qui sont aussi pour moi l'occasion de faire passer quelques messages, qui j'espère, ne laissent aucun doute sur ma détestation de certaines pratiques locales.
Sur ce, allez voir ailleurs, c'est tellement bien.
*je veux dire "par leur blog"
23 mars 2008
Made in China : le tabouret tressé pliable
C'est indéniable, on entre dans la belle saison (l'arrêt des radiateurs depuis cinq jours en est un des prémices paradoxalement douloureux puisque la grosse pelade le froid est encore là. Oui, ici, il y a une espèce d'autorité suprême du radiateur, inflexible, une sorte de dieu que vous aurez beau offrander de chaussettes rando Décathlon et de bonnet polaires, lui, il en a rien à fiche, le 15 mars, c'est coupage de chauffage pour tout le pays et puis c'est tout), celle où on pourra bientôt traîner le soir dehors, en terrasse, sur le pas de la porte, sur le trottoir, enfin n'importe où. Pas d'inquiétude à ce sujet, ici, on change de saison comme on change de chaîne. Un beau jour un type appuie que le bouton "printemps" et hop, les oiseaux gazouillent au milieu des bourgeons qu'on avait pas remarqués jusque-là. La veille vous hésitiez encore entre le col roulé et la polaire sous la doudoune. Jusqu'au jour où un autre type zappe sur "été", et là c'est la grosse transpi il fait très chaud.
Il est donc temps de se munir de son petit tabouret tressé pliable !
Demandez aux brigades de quartiers si ça n'est pas le must en matière d'assise. Lors de la semaine de l'Assemblée Nationale Populaire ils étaient nombreux aux intersections, entrées de résidences, carrefours, points stratégiques ... bref partout, les petits vieux embrigadés dans les comités de quartiers, chargés de surveiller la population. A chaque grand rendez-vous national politique (1er octobre, ANP, ...), ils passent leurs journées sur le pavé, papotent, un bras entouré de son fier brassard rouge. Et sur quoi sont-ils assis ? Des petits tabourets pliables ! Bon, les brigades ne sont pas les seules à les utiliser. Les papys joueurs de dames chinoises sont aussi des adeptes de l'assise basse.
Indispensable je vous dis. Léger, transportable facilement, confortable ... et tellement chinois.
Tabouret en bois pliable : 1,50 €
Où le trouver ?
Dans les quincailleries de Dongsi Beidajie (et oui encore ...)
16 mars 2008
Made in China : la poussette en bambou

Cela faisait longtemps que je n'avais pas parlé de ces objets chinois du quotidien, qui disparaissent à mesure qu'ils sont remplacés par les produits manufacturés que chacun peut trouver dans tous les Carrefour du monde.
Après le thermos fleuri, la toile cirée, le pot à thé, les serviettes éponge et les Feiyue, qu'est-ce-que j'allais bien pouvoir épingler ?
Tadaa. La poussette en bambou. Difficile de ne pas s'émouvoir devant ce petit chef d'œuvre de simplicité, que l'on voit encore dans quelques hutongs, poussées la plupart du temps par les grands-mères, qui papotent entre elles tout en s'occupant de leurs petits-enfants. Certaines y promènent aussi leurs petits chiens.
Evidemment, bébé ou pas, on en veut une chez soi. Et en attendant d'y promener sa propre progéniture, pourquoi ne pas lui trouver une utilité toute esthétique ? Range revues, panier du chat, support pour mini jardinet ... les solutions sont multiples. Comme les tailles et les styles. Celle-ci est la plus petite (pour enfant unique !), mais il en existe pour jumeaux, avec bancs rouges et grande poignée des deux côtés.
Très ingénieuse elle peut aussi se transformer en petit chariot, car les deux assises en bambou sont amovibles. On ne fait pas mieux au pays de la poussette, ni au pays du bambou.
La plus petite, 9 €
Où la trouver ?
Dans les quincailleries de Dongsi Beidajie.
12 mars 2008
Kafka



Le shopping, c'est souvent kafkaïen en ce qui me concerne. Pas chez Kafka. Je m'explique. Kafka est un petit magasin de fringues étrange, qui mélange vintage et horreurs. Les deux allant parfois de paire. J'aime bien cet endroit parce que le verdict y est très simple en ce qui me concerne, c'est soit "ouhaaaa j'adooore", soit "bucket please!" (je traduis pas). J'y passe régulièrement, et c'est très rare que j'en ressorte les mains vides. La vendeuse me reconnait, parfois je pousse même le vice jusqu'à y aller quand je porte un truc que je lui ai acheté, pour lui montrer. Ça la fait rire, et moi aussi. Ils nous en faut peu. Elle sait que ce que j'aime chez elle c'est les robes courtes, un peu sixties. Quand je tombe sur un jour où justement elle en a une, j'ai l'impression d'être la reine du shopping, toujours sur les bons coups. Alors que certainement, rien n'est dû au hasard.
C'est où ?
Kafka, 22 Dongzhong Street, Dongcheng District, 100027 Beijing
08 mars 2008
La Chine change

Juste avant le nouvel an chinois, j'ai reçu dans ma boîte aux lettres, un bien étrange courrier. Une enveloppe épaisse, remplie de différents documents. Une carte de vœux me souhaitant une bonne année 2008 et un joyeux Noël, un DVD, un cédérom et un livre. Le tout accompagné d'une carte de visite, celle de Tai Lihua, directrice artistique de My Dream.
My dream, my dream ... ça ne vous rappelle rien ? ("One World, one Dream" ... le slogan des jeux olympiques).
Au premier abord, j'ai pensé à une secte. Des images de déesses bouddhiques aux mille bras, auréolées de slogans plus que suspects ("Wishing the world harmony and happiness", "Blessings on you" ...) un mélange de soupe religieuse et images dégoulinantes de mièvrerie. Et puis ... bon sang mais c'est bien sûr ! C'est le Parti qui m'écrit ! Qui d'autre que l'auteur de ce fantasme de "société harmonieuse" pourrait souhaiter au monde "bonheur et harmonie" ?
Le tout est très bien ficelé, "on" y a mis les moyens. Tout écrit en anglais, ce dossier de presse à destination des étrangers, est un redoutable outil de communication. Inattaquable, puisque consacré aux handicapés. Total respect. My Dream, projet artistique de la Troupe des Artistes Handicapés de Chine financée par le gouvernement (d'où les gros moyens), présente des concerts, des numéros de danse et d'acrobaties, dont les scripts sont de toute évidence le fruit de la créativité de l'artiste qui réchauffe de ses chants et poèmes, le Palais du Peuple.
Prenons par exemple le texte de cet inquiétant ballet, "Yellow Earth" (Terre jaune) :
A philosopher once observed that the yellow earth is the cradle of the Chinese nation.
A farmer said that people will not starve to death as long as there is yellow earth.
For centuries, the Loess Plateau has been fascinating its inhabitants.
As our yearnings remain unchanged the hope of the nation is soaring to heaven.
Un jour, un philosophe a remarqué que la terre jaune est le berceau de la nation chinoise.
Un paysan a dit que les gens ne mourront jamais de faim tant que la terre sera jaune.
Pendant des siècles, le Plateau de Loess a fasciné ses habitants.
Alors que nos ardeurs demeurent inchangées, l'espoir de la nation s'élance vers le ciel.
Alléluia.
My Dream et ses centaines d'artistes sourds, aveugles, handicapés moteur, amputés (ils sont donc là ! je me disais aussi, on les voit jamais dans les rues !), a voyagé partout dans le monde pour propager l'harmonie. De nombreuses pages du livre sont consacrées aux témoignages des cinquante pays qui se sont émerveillés devant le spectacle. Tout le monde est joyeux, tout le monde sourit, les entraînements se passent sans souffrances, dans l'épanouissement le plus total, jusqu'au final éblouissant où les artistes saluent les spectateurs, sous les cieux rouges ... de la Chine rouge.
Arf.
Difficile de ne pas faire de rapprochement avec d'autres sourires, d'autres soleils rouges. La seule différence entre l'image du haut et celle du bas, semble être la tête de Mao. Et encore, je suis sûre qu'en grattant un peu, on trouvera une image cachée dans les nuages, le portrait de Hu Jintao subliminal !
Enfin bon, maintenant ils ont des portables et des voitures, et ils peuvent acheter des appartements le long du cinquième périph, si ça c'est pas du changement en profondeur !
Je vous souhaite à tous harmonie et bonheur (mon dieu, ils m'ont eue !).

Le président Mao est le soleil rouge dans nos coeurs.
Photo: mydream.org.cn
Affiche: maopost.com
01 mars 2008
Mille jours à Pékin avec Maurice Ciantar

Deuxième livre de cette nouvelle rubrique "bouquins", les Mille Jours à Pékin de Maurice Ciantar, sont mon livre de chevet depuis Noël. Hum, oui bon, deux mois pour lire un livre, ça n'est pas glorieux. Mais j'ai fait des pauses Guy Deslile, et des pauses tout court ... Ils sont copieux ces 1000 jours, difficile de les lire d'une traite.
Depuis ce jour de 1988 où j'ai manifesté mon intérêt (sorti de nulle part) pour la Chine, mon père met de côté et me donne dès que l'occasion s'en présente, des livres à son sujet. Depuis vingt ans donc. Bientôt je vais ouvrir un petit bibliobus spécial Chine. Et donc comme je suis une fille assez ingrate, je ne lis pas toujours tout ce que mon généreux papa m'offre concernant la Chine, ce qui est impardonnable. Enfin disons que je ne les lis pas tout de suite, - je me rattrape, il ne faudrait pas non plus qu'en lisant ce post il en tire la conclusion que ce temps passé à m'instruire est vain et qu'il décide de couper mes ressources livresques !
Et donc, le dernier de la liste se trouve être ce journal de Maurice Ciantar, écrit il y a quarante ans, entre 1965 et 1968, lors d'un séjour de trois ans à Pékin, en pleine révolution culturelle. Il était alors correcteur à Pékin Informations, organe de presse officiel. Comme tous les étrangers à cette époque à Pékin, il vivait à l'hôtel de l'Amitié, le fameux Youyi Binguan. Hôtel qu'il finira par nommer l'hôtel de l'"Inimitié", tant l'entretien des lieux sera laissé en jachère, pendant ces années de Révolution qu'il qualifie tout au long du livre, d'"inculturelle".
Son nom ne vous dit peut-être rien car il est décédé en 1990, un peu dans l'oubli, après avoir connu dans les années 60 une certaine notorité en tant que journaliste, écrivain, polémiste, râleur indomptable ... Baroudeur aussi, puisque parti trois ans à Pékin, pendant lesquels il écrivit ce livre. Témoignage unique en son genre, celui d'un dandy aux tempes grisonnantes, pas communiste du tout, et qui partagera son quotidien avec des étrangers quasiment tous maoïstes, venus vivre la Révolution pour de vrai. Qu'écrirait-il aujourd'hui !
Récit passionnant, souvent dérangeant car sans complaisance, de la vie d'un vieux solitaire désabusé par ces contemporains qu'ils soient Chinois ou Occidentaux, amoureux des femmes et donc très frustré pendant ces années de filles en pantalon douces comme des maraîchers le samedi à 3h sur Rungis, et surtout, et c'est ce qui rend ce livre parfois difficile à lire, adepte d'une écriture académique très fouillée, qui nécessite parfois, le recours au dictionnaire.
Un livre certainement difficile à trouver en dehors des brocantes, mais qui est un régal pour qui s'intéresse à la Chine et aux Chinois, tant il aide à comprendre la société d'aujourd'hui, et tant certains parallèles sont possibles entre les laowai (étrangers) d'hier, et ceux de maintenant. Sans parler du simple fait qu'il permet de connaître le quotidien pékinois de la désastreuse révolution culturelle.
Mille jours à Pékin, Maurice Ciantar. Editions Gallimard, 1969.
Photo : ledilettante.com
