ciantar

Deuxième livre de cette nouvelle rubrique "bouquins", les Mille Jours à Pékin de Maurice Ciantar, sont mon livre de chevet depuis Noël. Hum, oui bon, deux mois pour lire un livre, ça n'est pas glorieux. Mais j'ai fait des pauses Guy Deslile, et des pauses tout court ... Ils sont copieux ces 1000 jours, difficile de les lire d'une traite.
Depuis ce jour de 1988 où j'ai manifesté mon intérêt (sorti de nulle part) pour la Chine, mon père met de côté et me donne dès que l'occasion s'en présente, des livres à son sujet. Depuis vingt ans donc. Bientôt je vais ouvrir un petit bibliobus spécial Chine. Et donc comme je suis une fille assez ingrate, je ne lis pas toujours tout ce que mon généreux papa m'offre concernant la Chine, ce qui est impardonnable. Enfin disons que je ne les lis pas tout de suite, - je me rattrape, il ne faudrait pas non plus qu'en lisant ce post il en tire la conclusion que ce temps passé à m'instruire est vain et qu'il décide de couper mes ressources livresques !

Et donc, le dernier de la liste se trouve être ce journal de Maurice Ciantar, écrit il y a quarante ans, entre 1965 et 1968, lors d'un séjour de trois ans à Pékin, en pleine révolution culturelle. Il était alors correcteur à Pékin Informations, organe de presse officiel. Comme tous les étrangers à cette époque à Pékin, il vivait à l'hôtel de l'Amitié, le fameux Youyi Binguan. Hôtel qu'il finira par nommer l'hôtel de l'"Inimitié", tant l'entretien des lieux sera laissé en jachère, pendant ces années de Révolution qu'il qualifie tout au long du livre, d'"inculturelle".

Son nom ne vous dit peut-être rien car il est décédé en 1990, un peu dans l'oubli, après avoir connu dans les années 60 une certaine notorité en tant que journaliste, écrivain, polémiste, râleur indomptable ... Baroudeur aussi, puisque parti trois ans à Pékin, pendant lesquels il écrivit ce livre. Témoignage unique en son genre, celui d'un dandy aux tempes grisonnantes, pas communiste du tout, et qui partagera son quotidien avec des étrangers quasiment tous maoïstes, venus vivre la Révolution pour de vrai. Qu'écrirait-il aujourd'hui !   

Récit passionnant, souvent dérangeant car sans complaisance, de la vie d'un vieux solitaire désabusé par ces contemporains qu'ils soient Chinois ou Occidentaux, amoureux des femmes et donc très frustré pendant ces années de filles en pantalon douces comme des maraîchers le samedi à 3h sur Rungis, et surtout, et c'est ce qui rend ce livre parfois difficile à lire, adepte d'une écriture académique très fouillée, qui nécessite parfois, le recours au dictionnaire.

Un livre certainement difficile à trouver en dehors des brocantes, mais qui est un régal pour qui s'intéresse à la Chine et aux Chinois, tant il aide à comprendre la société d'aujourd'hui, et tant certains parallèles sont possibles entre les laowai (étrangers) d'hier, et ceux de maintenant. Sans parler du simple fait qu'il permet de connaître le quotidien pékinois de la désastreuse révolution culturelle.

Mille jours à Pékin, Maurice Ciantar. Editions Gallimard, 1969.

Photo : ledilettante.com